L'accessibilité au handicap visuel, un défi que relèvent GNU/Linux et le logiciel libre

En quoi mon projet est-il innovant ?

Le texte qui suit porte par écrit le cheminement de ma réflexion. Mais pour les gens pressés, ou qui veulent un "flash" de la présentation du projet, vous pouvez voir une vidéo sur laquelle je présente publiquement ce projet, avec des diaporamas à l'appui. Ils décrivent le point de départ et, en bref, les services proposés ainsi que l'état d'esprit qui m'anime. Le tout dure moins de 10 minutes. Le son n'est pas excellent mais il reste compréhensible.

Notez que cette présentation est moins facile d'accès au public non voyant, qui pourra donc préférer lire le texte ci-dessous, qui explique en détail ma démarche.

Si le lien ci-dessus ne marche pas, essayez ici.

Si les liens ci-dessus ne fonctionnent pas, l'alternative se trouve ici. Pour ceux qui n'ont pas de logiciels privateurs sur leur ordinateur et souhaitent regarder la vidéo dans un format libre, c'est par ici

Position du problème

Un investissement rentable pour tous

Mon idée part d'un constat simple. La marginalisation des acteurs du libre et l'hostilité au logiciel libre sont aujourd'hui moindres. Il offre des solutions réelles, évolutives, gratuites, où règne le dialogue et ouvertes aux handicapés visuels pour rendre accessible leur poste de travail rapidement. Cet élément peut permettre aux entreprises souhaitant employer des personnes handicapées, aux associations, aux personnes publiques et aux utilisateurs eux-mêmes, de voir réduire le coût d'achat d'un produit par définition éphémère, et d'investir plutôt dans une valeur beaucoup plus pérenne : le capital humain, la formation.

Je ne me place pas ici d'un point de vue philosophique, en expliquant que l'enjeu du logiciel libre est la liberté. Si cet enjeu existe réellement, il n'est pas la principale préoccupation des personnes utilisant l'informatique au quotidien sans y être préparées ou dans un contexte d'adaptation suite à un handicap. D'autant que se limiter aux enjeux pour cette catégorie d'utilisateurs donne déjà au projet une dimension très vaste.

Un contexte économique exigeant des solutions innovantes

L'avenir des finances publiques est sombre en Europe et dans les pays développés à économie de marché. En effet, les déficits budgétaires des États sont abissaux, leur dette est considérable, ce qui laisse à anticiper une nécessaire austérité budgétaire. La politique du handicap en France a amorcé ce mouvement: restriction du périmètre des subventions de matériel adapté, durcissement des conditions de ressources obligatoires pour prétendre à bénéficier de l'Allocation Adulte Handicapés, etc. Dès lors, une solution gratuite est nécessaire pour soulager les finances publiques, mais surtout pour éviter à l'utilisateur d'assumer une charge financière du fait de son handicap.

Les sommes ainsi économisées peuvent être alors réinvesties dans l'aide aux entreprises, la formation, la recherche et le développement. C'est précisément l'axe de politique publique préconisé par la stratégie de Lisbonne (Union Européenne, 1997), par le rapport Camdessu en 2004 ou par Jacques Attali en 2007. C'est aussi, selon les économistes comme Jean Pisani-Ferry en 2003, ce qui explique près de 14% de l'écart de croissance entre l'Europe et les États-Unis.

Une pression législative et sociale

Dernier paramètre: l'urgence législative. La France, comme certains de ses partenaires, a rendu obligatoire la mise en accessibilité des lieux ouverts à l'usage du public et des environnements administratifs numériques. La date d'échéance prévue pour réaliser cet objectif est 2015. Ce délai se raccourcit chaque année et ne diminue pas le coût, bien au contraire. Or, les finances des personnes publiques soumises à cette obligation, elles, se dégradent. Celles des associations aussi (recul des dons...). Celles des entreprises ne leur permettent pas de réaliser d'importants investissements, du fait de la conjoncture mondiale. Si une économie peut être faite pour les problématiques informatiques, le problème devient légèrement moins préoccupant.

Mieux encore, un tel investissement, peu coûteux, peut également éviter aux personnes concernées une contribution obligatoire si elles n'embauchent pas assez de personnes handicapées. En effet, la loi fixe, de manière plus coercitive, un seuil minimum d'embauche de salariés handicapés. Ne pas respecter ce pourcentage expose à une contribution, valable depuis 2005 tant pour les personnes publiques que privées. Le logiciel libre peut donc satisfaire un double objectif: se conformer à cette obligation et se dispenser de la contribution d'une part, investir peu de moyens financiers et de temps de travail pour rendre opérationnel rapidement un nouveau salarié handicapé d'autre part. En d'autres termes, le logiciel libre répond à la remarque des employeurs: comment embaucher, dans le cas qui nous occupe, des personnes aveugles ou déficientes visuelles si l'aménagement d'un poste de travail et la formation coûtent si cher? Surtout s'il faut personnaliser les revues d'écran pour certains progiciels ?

Pour couronner le tout, cela signifie que l'employeur pourra embaucher une personne handicapée à moindre coût et améliorer son image extérieure. De la même façon, l'Administration bénéficiera du même privilège. Car la loi de 2005 reflète une attente sociale qui ne sera probablement pas facile politiquement à remettre en cause. En outre, avoir un label d'accessibilité, intégrer les handicapés, est devenu une "bonne conduite". À l'inverse, ne pas tout mettre en œuvre pour y parvenir est mal perçu et donne une réputation moins honorable.

L'esprit de la solution que je propose

Le contexte rend donc utile le logiciel libre comme alternative à un modèle problématique car captif et trop coûteux par rapport aux moyens de la plupart des gens. Or, le logiciel libre est crédible, puisqu'il peut aider un déficient visuel à accéder à un ordinateur, soit par un système entièrement libre (GNU/Linux), soit en installant sur Windows des logiciels libres.

Que manque-t-il ? Selon moi, quatre choses.

Une aide à l'installation et à l'utilisation du logiciel libre

L'utilisation du logiciel libre divise le coût d'un aménagement par deux: puisque le logiciel est gratuit, il ne reste donc qu'à payer le service (à savoir le nombre d'heures passées à installer, paramétrer l'installation et fournir un service de dépannage). Cela consiste à demander l'appui expérimenté que je peux offrir à des techniciens ou à des débutants, pour aménager leur poste de travail selon leurs besoins.

Un conseil honnête

L'utilisateur a en effet besoin de conseils lorsqu'il souhaite installer des logiciels libres et les utiliser. La garantie qualité tient à l'honnêteté du conseil donné en matière d'intérêt des mises à jour, de choix de la solution la plus adaptée, voire de choix ou non d'une solution libre...

Car le logiciel libre est-il adapté à toutes les situations? Pas encore. Si le logiciel libre permet aux non-voyants et aux mal-voyants d'accéder aux fonctionnalités de messagerie, Internet, bureautique, multimédia, facilement, il est davantage en difficulté face à des travaux très spécialisés. Aussi, il peut s'avérer honnête d'indiquer à un utilisateur ou à une personne morale que le logiciel libre peut l'aider dans certaines tâches, dans certains métiers, et pas dans d'autres. De même, il peut être utile de recommander la solution la plus adaptée à une façon particulière de travailler, s'intégrant à l'infrastructure informatique en place, sans obligation de tout changer.

Une interface expérimentée entre l'utilisateur et la communauté de développeurs

Différents cas se posent et doivent être résolus aujourd'hui.

D'abord,, de nombreux défis marquent l'avenir de l'accessibilité, y compris dans le logiciel libre. Les informations foisonnent dans la communauté et un œil expérimenté peut aider à s'y retrouver, car si l'avenir est porteur d'espoir, une approche superficielle pourrait susciter des inquiétudes et des déceptions.

Ensuite, le logiciel libre ne couvrant pas tous les besoins parfaitement, il peut être utile de savoir à qui s'adresser, quoi demander, où chercher, ... Or, la simple soumission d'un bogue peut s'avérer complexe. D'abord car le dialogue technique avec la communauté peut être complexe, en anglais. Ensuite car elle est foisonnante et il faut une certaine expérience pour la cotoyer sans perdre de temps ni se décourager.

Ces difficultés impliquent une interface que je me propose d'apporter. Des projets peuvent être lancés dans la communauté et voir le jour, mais l'investissement porte alors sur du moyen terme. Une entreprise peut solliciter l'ouverture d'un projet et je peux chercher ceux qui accepteront de le faire, l'adaptant au contexte de l'entreprise. De même, on peut envisager de soumettre un problème et que la communauté aide à l'élaboration d'un script de mise en accessibilité, qui verra son coût diminuer grâce à l'effort communautaire. Avoir un logiciel libre permet de soumettre un programme à n'importe quel développeur compétent pour créer des scripts d'adaptation de certains progiciels. Il permet de davantage investir dans la formation des salariés, ce qui les rend plus productifs et performants.

La formation des personnes

C'est un des axes majeurs du projet. Elle porte sur plusieurs niveaux. Le premier est la formation des utilisateurs mêmes. L'état du logiciel libre étant ce qu'il est, peu de documentation de base existe. Peu de tutoriels, a fortiori en français, ont été rédigés. Je me propose de combler cette lacune par de la formation aux aménagements des postes de travail pour les déficients visuels. De façon plus marginale, une formation généraliste de base à l'usage de l'informatique avec GNU/Linux est possible.

À un autre niveau, il est utile et inhérent à la communauté du logiciel libre que les techniciens sachent utiliser le logiciel pour en faire ce qu'ils veulent. Aussi je propose de former les responsables informatiques de personnes morales sur le fonctionnement des outils d'accessibilité aux non et mal voyants. Notamment, il est possible de leur fournir une formation pour les sensibiliser à la manière qu'a une personne aveugle d'approcher un ordinateur.

À un dernier niveau, les associations de déficients visuels ou les structures accueillant des non et mal voyants (centres de reclassement ou de rééducation, etc.) ont un rôle important à jouer. Oeuvrant pour la reconversion des handicapés visuels, elles peuvent orienter les utilisateurs vers des solutions libres. Pour cela, leurs salariés ou bénévoles peuvent souhaiter être formés pour former les utilisateurs. Je propose également ce service.

Conclusion

L'innovation de ce projet tient dans la nature de son fonctionnement. Basé sur le logiciel libre, il n'est rémunéré que pour le service qu'il rend: heures de formation, d'intervention, de conseil. Il cherche à promouvoir ces solutions, si et seulement si, et dans la mesure où elles rendent un service aux utilisateurs. Il se pose ainsi en garantie pour tous ceux qui sont intéressés par les solutions libres mais n'osent pas franchir le pas, faute d'orientation, formation, support solide et pérenne. Il offre aux institutions une garantie en cas de problème dans l'usage de solutions d'accessibilité libres, une personne à qui demander conseil, de l'aide et d'intervenir pour faciliter ses démarches auprès de la communauté complexe du logiciel libre. La pérennité du projet est garantie par la souplesse du statut et sa non soumission à une logique de rentabilité. En effet, l'auto-entrepreneur peut ne pas beaucoup travailler sans perdre de l'argent, donc soit je garderai ce statut, soit j'en changerai si nécessaire vu le chiffre d'affaires, soit je deviendrai association. Mais le projet a une visibilité de moyen et long terme, dépendant de celle du logiciel libre.

Bref, ce projet espère apporter la pierre qui manque à l'édifice permettant au logiciel libre d'être au moins essayé comme solution pour aménager à moindre coût un poste de travail et, partant, d'accélérer la réintégration ou l'intégration des aveugles et amblyopes dans la société.

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